Des primaires à la Française
Les partis ne peuvent plus affronter les élections comme avant. Quel que soit le régime politique de leurs pays respectifs, l’extension du champ de la démocratie les conduit à adopter des procédures de choix de leurs candidats incluant le plus grand nombre possible de citoyens. Aux Etats-Unis, c’est l’accomplissement d’une histoire moins ancienne qu’on ne le croit. En Europe, l’Italie et la Grèce ont vu ces derniers temps leurs formations de gauche pratiquer des Primaires pour sélectionner leur leader dans les élections nationales. En France les socialistes travaillent à la définition d’un système qu’ils pourraient mettre en pratique pour les présidentielles de 2012.
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La presse de ces dernières semaines s’en est fait largement l’écho : à la demande de Martine Aubry, Arnaud Montebourg s’est rendu à Washington les 8 et 9 mars dernier à un séminaire de travail organisé par les dirigeants des équipes de Barack Obama. Il a en rapporté un rapport de mission qui a été publié ici même (dans Les Notes de la Rénovation). Il en ressort qu’il ne s’agit pas de transplanter un dispositif adapté à un Etat fédéral mais d’inventer un processus tenant compte des traditions du socialisme français. Ces traditions sont celles d’un mouvement qui fut parmi les plus précoces d’Europe à affronter le suffrage universel après 1848, même quand il ne souhaitait pas gagner les élections. Après sa création en 1905, la SFIO est peu à peu devenu une machine électorale apte à élargir son influence locale. Au congrès d’Epinay en 1971, le nouveau Parti socialiste s’apprêtait à affronter une élection présidentielle entièrement contraire à ses convictions. François Mitterrand démontra en 1981 qu’il était possible de la gagner. Il le fit à partir de ce diagnostic qu’on a eu tendance à oublier depuis : « Il était de règle à la SFIO, de mesurer l’importance d’une fédération au nombre de ses adhérents plus qu’à son audience populaire. Jusqu’à un certain point, cette pratique était raisonnable. Au-delà de ce point, la machine devenait folle. Quand il n’y a plus de relation directe entre le nombre des adhérents d’un parti et le nombre de citoyens qui font confiance à ce parti, une situation artificielle et dangereuse se développe. A la longue, rien de moins démocratique qu’une organisation politique dont les militants font leur chose en oubliant que la démocratie est la chose de tous les citoyens. Le parti a pour vocation d’animer, d’éduquer, d’informer les masses, non de se substituer à elles » (« Ma part de Vérité »,1969, p.226). N’est-ce pas ce qui s’est reconstitué depuis ? Tout s’est passé comme si le Parti socialiste étendait toujours plus sa toile sur les pouvoirs locaux périphériques pour ne plus savoir conquérir le pouvoir central faute d’audace démocratique. C’est cela qu’il faut changer.
Dans cette longue histoire, 250.000 adhérents en moyenne exerçaient un droit relatif de choix de leur leader. Mais ce qui paraissait comme adapté à un régime d’assemblée ne l’est plus dans un contexte dominé par une contradiction : la focalisation de la vie des partis sur une «mère des batailles » réservée à quelques-uns ; l’envie d’un nombre grandissant de citoyens d’y participer. En 2006, les primaires fermées organisée par le PS ont suscité un intérêt qui a surpris jusqu’à la droite la plus bonapartiste.
L’ouverture aux « adhérents à 20 euros » a symbolisé une volonté de résoudre la contradiction en question. Elle était un premier pas vers la subversion du système partisan des gauches : celui-ci entretient sa propre division et ce jusqu’au cœur de chacune de ses composantes, comme l’est le parti socialiste aujourd’hui ; il la coupe de ses sympathisants seulement conviés à des fins acclamatoires ; il confine chacun de ses partis dans un statut d’avant-gardes éclairées. Tout se passe comme si la troisième révolution technologique attendait toujours sa révolution démocratique. La société de l’information ne vaut pas en effet que pour le monde de l’économie et de la production ; elle enfante des citoyens qui ont toujours plus de moyens et de désirs de participer à la vie politique. Si celle-ci ne se résume évidemment pas à l’élection présidentielle ni à sa complexe préparation, elle est devenue un moment de politisation grandissante. Il s’agit donc de faire que les socialistes renversent la perspective qui est restée jusqu’ici la leur : ne plus s’en tenir à une politique de l’offre (d’un projet, d’un ou d’une candidate, d’une campagne verticale) mais s’ouvrir à la demande de sympathisants mais aussi de laissés pour compte, d’associations organisées mais aussi de réseaux sociaux. C’est en réussissant cette conversion que les démocrates ont assuré notamment le succès d’Obama.
En France cela suppose l’invention d’un nouveau monde et pas seulement d’une procédure : un nouveau rôle des militants du parti dans la mobilisation de millions de sympathisants ; un nouveau processus de définition d’un projet ; un nouveau mode de sélection pluraliste des candidats ; une nouvelle dynamique de convergence des personnalités et des intérêts.
La réussite d’une telle entreprise changera durablement la nature du Parti socialiste en le liant organiquement à la société, durablement pour peu que son projet, ses valeurs, son fonctionnement lui correspondent.
C’est pour ces raisons que la définition de ces primaires ouvertes à la française est l’affaire du Secrétariat à la Rénovation. On lira ci-après le calendrier des réunions de travail de sa commission. Celle-ci réunit toutes les sensibilités du parti sans aucune exception. Ses premiers travaux sont fertiles et encourageants. Ils devraient permettre de déboucher sur un rapport d’ici l’été, marquant les convergences comme les points de désaccord. Ce texte sera alors versé aux débats de la convention nationale de la rénovation annoncée par Martine Aubry comme devant se tenir avant la fin de l’année.
Bien évidemment, cette démarche ne règlera pas tous les problèmes ; en particulier celui de la contradiction entre une adaptation de la gauche à l’élection du président de la République au suffrage universel direct et la présidentialisation du régime que celle-ci encourage. L’engagement de la gauche et de son candidat en faveur d’un parlementarisme majoritaire et donc d’une 6° République reste un sujet d’une brûlante actualité. Mais la voie de passage est étroite : c’est celle de la réconciliation d’un parti avec le peuple de gauche dans la première manche de la reconquête du pouvoir.
Paul Allies
Secrétaire national adjoint
chargé de la Rénovation
[...] primaires pour désigner le candidat du PS à l’élection présidentielle a fait son chemin, au point de devenir le centre de l’activité du secrétariat national à la rénovation d̵…. Si ce concept n’est pas nouveau – la procédure a déjà été utilisée pour les [...]