Le laboratoire des idées : l’autre rénovation !

Christian Paul, président du Laboratoire des idées  et Lucile Schmid, vice-présidente,
répondent aux questions de Paul Alliès, Secrétaire national adjoint chargé de la Rénovation.

1) Comment fonctionne le Lab ?

C’est une nouvelle mission, et un réseau de travail qui invente donc de nouveaux modes de fonctionnement. Les principes sont clairs : l’ouverture à la société, des débats qui mêlent l’expertise et l’innovation du quotidien, le lien indispensable entre l’écoute des citoyens et l’élaboration d’un projet politique opérationnel.

Le Lab est clairement au sein du PS : nous concevons cela comme une force et non une limite. Les idées que nous produisons ou que d’autres nous font partager irrigueront notre parti et la vision socialiste. Le Lab dialogue avec les think tanks proches, français mais aussi européens, avec les revues, et tout simplement avec des chercheurs, des scientifiques, qui souhaitent participer, avec la gauche, à la bataille des idées. Il est plus qu’urgent de renouer avec le monde intellectuel. Ce n’est pas mission impossible…mais cela exige un échange loyal et durable. Concrètement, le travail s’organise autour d’une dizaine de groupes aujourd’hui (crises, la civilisation numérique, diversité et solidarités, villes globales, observatoire Obama, les enjeux de la Méditerranée, la famille, le partage des richesses…), une vingtaine avant la fin de l’année. Des laboratoires fédéraux se sont créés en Seine Maritime, dans la Nièvre, les Hauts de Seine, la Saône-et-Loire. Ils ont vocation à travailler sur des thèmes initiés par le Lab,  ou en liant aux problématiques de leurs territoires. Nous avons invité chaque fédération à en créer un, et plusieurs sont déjà annoncés. Le Lab des Hauts de Seine va travailler sur la jeunesse. Dans ce département symbole depuis 30 ans des fonctionnements opaques de la droite et du refus de l’égalité, en choisissant le thème de la jeunesse, nous mettons l’accent sur une autre vision du territoire, de l’égalité et de la démocratie. Le Lab PS doit aider le PS à donner la parole aux Français, à des citoyens volontaires, des chercheurs, des innovateurs du quotidien, des acteurs de la vie économique et sociale.
2) Quels sont les premiers résultats de ses six premiers mois de fonctionnement ?

D’abord d’avoir réussi à installer le Lab dans l’espace public, d’offrir un dispositif de travail  que pourront mobiliser les dirigeants du Parti socialiste, dans une nouvelle dynamique de relations avec  les intellectuels. Ce que nous retenons, ce sont les attentes multiples à l’égard du Lab. Les militants ont envie de débattre, d’échanger, de contribuer dans des cadres qui ne soient pas les formes institutionnelles classiques. Ceux qui appartiennent à la famille socialiste, et au-delà la grande famille de la gauche attendent des propositions, un projet de société. S’opposer à la droite, c’est d’abord proposer. Quant aux groupes, ils se mettent en route. Chacun se donne au moins six mois de travail avant de mettre en débat des conclusions. Ainsi, le groupe Crises qui est le premier créé – dès janvier 2009- va sortir un rapport d’étape fin juin sur la manière de préparer le monde d’après. L’observatoire des politiques Obama devrait nous donner des éléments d’analyse précis avant l’été. Sur la diversité, l’objectif est d’assumer un débat où la droite occupe le terrain tout en menant des politiques profondément discriminatoires. Le groupe Civilisation numérique s’est emparé de la question du travail (sait-on qu’aujourd’hui en France, 50% des heures travaillées sont passées devant un écran ?), car il faut enfin comprendre « notre » révolution (post)industrielle, celle de l’information et de la connaissance. Le groupe Partage des richesses prolonge nos combats face à l’explosion des hautes rémunérations dans les entreprises. Dans ces groupes, on retrouve économistes, philosophes, sociologues… et acteurs de terrain.
3) Tous les observateurs soulignent la crise rampante qui s’est établie, en France en particulier, entre le Parti socialiste et les intellectuels ou les experts. Le Lab. a-t-il ouvert des pistes pour la résoudre ?

Aujourd’hui critiquer le PS fait partie d’un certain air du temps… Et il faut reconnaître que notre parti s’était éloigné des intellectuels et avait négligé la bataille des idées.
Mais on peut tirer des conclusions plutôt rassurantes des contacts pris depuis la création du Lab. Nos propositions de participation aux groupes de travail ont reçu la plupart du temps un accueil positif. Le préjugé n’est pas nécessairement favorable, mais il y a des attentes fortes et une vraie disponibilité pour participer et contribuer. Le Lab renoue le dialogue tous azimuts, nous y consacrons beaucoup de temps et d’énergie. Mais le Lab ne saurait tout faire, l’ensemble de la direction du PS doit prendre sa part de ces échanges réguliers, Martine Aubry elle-même y consacre du temps. Le Lab offre un lieu où les idées et les personnes s’expriment sans tabous. La pensée critique a toute sa place au Parti socialiste, en assumant des divergences, voire de la conflictualité… tout en se donnant un objectif final : construire le socle d’un projet de gauche pour la société française, pour 2012 bien sûr, mais aussi à 10 ou 15ans.

4) Comment voyez-vous la contribution du Lab. à la refondation d’une doctrine socialiste ? L’objectif est-il de redéfinir des valeurs ?

Le Lab a vocation à faire émerger les débats qui structurent ou fracturent la société d’aujourd’hui, à les envisager avec une vraie liberté, à intégrer l’apport des comparaisons internationales et l’approche des territoires, avec l’aide du Forum. Il doit aussi donner la parole à d’autres qui la prennent peu, sortir des sentiers battus de la connaissance et de l’expertise. Faut-il redéfinir nos valeurs ? Nous n’affrontons pas la même situation que la droite, qui vit avec la crise un véritable effondrement idéologique, ou même qu’une partie de la gauche européenne qui avait cru à la dérégulation. Les valeurs qui fondent la doctrine socialiste sont moins en cause que notre capacité à les incarner dans l’action : la promesse républicaine de l’égalité réelle et de la justice sociale, l’émancipation et l’autonomie des citoyens, l’ouverture au monde fondée sur de vraies régulations, ce sont des valeurs que la crise réveille et confirme. Une puissance publique réarmée, l’Europe des droits humains et sociaux, les défis écologiques sont notre horizon. Mais nous devons réapprendre à penser global : le Lab a vocation à faire le lien entre ces différents domaines utiles à notre travail programmatique. Nous insistons sur le fait que ce n’est pas la « République des experts » ou un lieu de pensées ésotériques. Nos valeurs, nos principes doivent être déclinés dans des propositions concrètes, opérationnelles et exemplaires.

5) La dimension internationale des questions traitées est-elle maitrisable ?

Oui, bien sûr,  même si cette dimension est encore aujourd’hui largement une difficulté majeure pour les programmes politiques. Les régulations internationales, l’organisation de nouvelles médiations, notamment syndicales, au niveau européen et international, restent très largement à construire. Avec la crise, nous constatons qu’il est devenu impossible de nier l’urgence d’un espace international de négociation des droits sociaux et des normes environnementales et d’un renforcement du syndicalisme à l’échelle européenne. Il reste à imaginer les conditions d’un passage à l’acte rapide.