Refondation : Chiche ! par Arnaud Montebourg Secrétaire national chargé de la Rénovation
Dans son intervention devant le Conseil National, ce mardi 9 juin, Martine Aubry a appelé à une « totale refondation » du Parti socialiste. C’est la réponse justifiée aux symptômes d’une maladie grave qu’ont révélée les résultats des dernières élections européennes.
Faut-il redire ici combien nous en sommes partisans ? Depuis le 21 avril 2002, ceux qui sont aujourd’hui impliqués dans le secrétariat à la rénovation, voulu par la Première secrétaire au sortir du congrès de Reims, ont œuvré sans relâche et avec obstination pour un nouveau parti socialiste. Nous sommes plus que jamais convaincus qu’un dépassement politique complet est nécessaire et vital.
la-lettre-de-la-renovation-numero-8 - Cliquer pour afficher et télécharger la lettre
Pour cela il existe un outil stratégique, celui des primaires populaires pour affronter et gagner l’élection présidentielle prochaine. C’est un objectif que s ‘assignait la motion D, celle dont Martine Aubry était la première signataire. Elle réclamait « Des primaires dignes de ce nom pour mettre le Parti en position de force face à la droite en 2012. Le débat collectif, ce sera aussi, le moment venu, la désignation de notre candidat(e) à l’élection présidentielle. Réglons cette question avec sagesse et souci de l’intérêt général. Notre réflexion sur la question des primaires par d’un double constat : personne n’est satisfait de la façon dont elles se sont déroulées lors de la dernière présidentielle ; elles n’ont pas permis d’enclencher une dynamique de rassemblement et de mobilisation de la gauche autour de notre candidate. La désignation de celui ou de celle qui nous représentera ne doit pas être le dernier acte d’une guérilla entre prétendants socialistes, mais le premier acte de la campagne contre nos adversaires de droite. C’est pourquoi nous organiserons de vraies primaires. Elles auront lieu au printemps 2011, un an avant le grand rendez-vous avec les Français. Elles seront rythmées par d’authentiques débats contradictoires approfondis dans plusieurs grandes villes de France. Elles seront médiatisées afin que les adhérents, les sympathisants et les électeurs puissent se passionner pour le débat démocratique en notre sein. Aujourd’hui, ce sont les militants qui décident. Dans le dialogue avec nos partenaires, nous travaillerons à ouvrir plus largement la décision à ceux qui se reconnaissent dans le socialisme, afin de donner plus de force à notre candidat. Les principes et modalités seront arrêtés par le Conseil National. »
Ce programme, nous l’avons tenu : depuis le 25 mars, nous avons réuni onze fois une commission de travail avec tous les représentants des sensibilités du parti. Nous avons ainsi abouti à la définition rigoureuse d’un mode d’emploi de primaires offertes à toute la gauche, ses organisations mais aussi son peuple. Ce n’est donc pas qu’un mode d’emploi ; c’est une vraie entreprise de reconstruction de la gauche et non du seul Parti socialiste, qui passe par la mobilisation de tous ceux qui en ont assez du cynisme de Sarkozy et de la politique de classe de la droite. C’est dire si les camarades qui n’y voient qu’une procédure ou une tactique se trompent lourdement. Tenter d’y opposer la nécessité d’un projet est ridicule. La démarche des primaires telle que nous l’avons conçue inclut dans sa phase préliminaire l’élaboration collective et plurielle d’un vrai projet, celui des militants et pas que des appareils ou de leurs experts. Le temps est fini de l’adoption de textes par des directions éclairées, textes que le candidat ensuite pouvait oublier pour imposer le sien. Cette étroite et organique liaison entre l’agrégation d’idées de la société civile et du mouvement social d’une part et le processus de sélection du meilleur candidat de l’autreest l’atout maître d’une gauche majoritaire en voix mais toujours plus divisée en sièges de partis ou d’organisations spécifiques. C’est ainsi et pas autrement qu’Obama a construit une dynamique sans précédent et a finalement battu les conservateurs en tout genre. C’est ainsi que Sarkozy sera battu en 2012 et pas autrement. Il faut imaginer des millions de citoyens s’intéresser progressivement à l’échange d’idées, dialoguer avec des ONG, des associations des syndicats ; tout un chacun pourra se risquer à incarner ce mouvement ; et au fur et à mesure émergera celui ou celle qui portera les espoirs de tous pour affronter le candidat de la droite. Cette démocratisation sans précédent de la campagne présidentielle sera l’amorce d’une complète démocratisation de la République.
L’heure est donc venue de tenir la promesse du congrès. L’état des lieux après ce dimanche 7 juin en fait un enjeu historique. Ne pas saisir cette opportunité, c’est prendre le risque d’une réédition du 21 avril 2002 et d’une mort clinique du Parti socialiste. Refondation : oui, mais tout de suite !
Arnaud Montebourg
Secrétaire national chargé de la Rénovation
