Blog du secrétariat national à la Rénovation
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De la démocratie en socialisme, par Paul Alliès, Secrétaire national adjoint chargé de la Rénovation

Le PS a donc tenu sa convention sur sa rénovation ce samedi à Paris. C’est l’aboutissement d’un exercice devenu assez rare dans les partis, de délibération militante effective mais aussi d’un très long travail d’élaboration et de rapprochement des opinions.

Les principaux éléments du texte soumis au vote étaient l’organisation des Primaires pour les présidentielles, la mise en place d’un régime de non cumul des mandats, la définition d’une nouvelle organisation des congrès, l’amélioration des règles favorisant la parité et la diversité, l’installation d’un état de droit dans le parti.
C’est dans cet ordre décroissant que le texte adopté par le Conseil national le 8 juin a fait l’objet de 365  amendements (présentés sur un tableau de 70 pages) dûment examinés et votés par les Fédérations. 55 se sont livrées à cet exercice et ceux de 23 d’entre elles ont été retenus. C’est une commission dite des résolutions qui les a examiné vendredi soir à la veille de la Convention. Cette commission réunissait les responsables de la direction du parti, toutes les sensibilités ainsi que les représentants des Fédérations les plus propositionnelles. Elle n’a pas retenu les amendements qui sortaient par trop du cadre initial (par exemple sur la 6° République) tracé par le référendum militant du 1° octobre 2009. Par contre elle a débattu de ceux qui soulevaient de vrais problèmes d’interprétation ou d’application de la rénovation. Ce fut ainsi le cas sur les Primaires au sujet desquelles Paul Quilès avait largement exprimé ses désaccords (ici même ce jeudi).  Il les a exposé encore une fois devant la commission où il était présent. Celle-ci a finalement décidé d’intégrer un élément important de sa proposition: le mandat donné « à la direction nationale du PS pour prendre les contacts nécessaires avec nos partenaires, dans le but d’élaborer une plate-forme commune et d’engager des discussions afin d’évaluer la possibilité d’une candidature de rassemblement désignée par les Primaires ».

Le débat a néanmoins repris le lendemain à la Convention sur ce point comme sur les autres en tenant compte de l’intégration des amendements. Ainsi Paul Quliès et Marie-Noelle Lieneman décidèrent-ils de voter le texte final alors qu’ils avaient voté contre lors du Conseil national un mois plus tôt.
C’est donc un exercice complexe mais qui devrait forcer la considération que ce travail délibératif aboutissant à à une véritable synthèse.
Mais celle-ci n’aurait sans doute pas été possible sans la longue patience et la totale détermination d’Arnaud Montebourg qui, en tant que secrétaire national à la rénovation a ouvert ce chantier depuis mars 2009. Ce fut d’abord une commission de ce secrétariat qui a instruit, avec le concours de la Fondation Terra Nova et la participation des différents courants du PS le dossier des Primaires. C’est peu de dire qu’elles soulevaient à l’origine plus de réticences et même d’hostilités que d’accords. Néanmoins un rapport de synthèse a pu être remis à Martine Aubry en mai 2009. Et la Première secrétaire a ratifié  avec quelque solennité la totalité des éléments de ce rapport lors de l’Université d’été de La Rochelle à la fin du mois d’Août. Puis ce fut le référendum du 1° octobre auquel participèrent 90.000 militants qui donnèrent alors un mandat impératif au Bureau National du parti pour mettre en oeuvre les réponses aux onze questions qu’ont leur avait posé et auxquelles ils avaient répondu avec une moyenne de 70% de votes favorables. Une commission de cette instance a alors été mise en place sous l’autorité d’Arnaud Montebourg; les représentants de toutes les sensibilités sans exceptions y participèrent assidûment à raison d’une réunion hebdomadaire (soit au total une soixantaine d’heures de réunion). Des délégués du PRG et du MRC s’y sont joint un temps. C’est là que se sont réellement affrontés puis rapprochés les points de vue. La règle de la discrétion, soit d’une discipline collective pour ne pas médiatiser les divergences avant qu’elles ne soient arbitrées, a été une condition majeure de la réussite du travail collectif. Car c’est bien à une élaboration commune qu’a abouti cette démarche. Sur bien des point Arnaud Montebourg a amendé son projet initial, en particulier sur les Primaires. C’est ainsi que le Bureau national a pu ratifier à la quasi-unanimité les texte final le 1° juin. Et que la voie d’un large soutien chez les militants a été ouverte. Ils ont été moins nombreux à voter le 24 juin (57.000) mais plus nombreux à ratifier le texte (77%). On a dit ici, au gré des débats fédéraux, comment cette révolution apparaissait comme de velours; comme si l’avènement de réformes tant attendues démobilisait ses plus ardents partisans.

Car c’est un combat d’une décennie qui a franchi un pallier avec cette Convention; celui lancé par Arnaud Montebourg dés 2001 en faveur d’une 6° République et d’une refondation du socialisme. L’idée était (et reste) que la  question démocratique fait intégralement partie de la question sociale; et que réforme de la République et réforme du Parti socialiste sont étroitement liées. Durant cette décennie, cette idée fut moquée, refoulée, trahie. L’obstination politique de Montebourg fut la condition majeure du succès d’aujourd’hui. Mais le régime de démocratie interne du PS fut aussi un atout capital dans cette bataille. Le résumé donné ici en est la scrupuleuse illustration. L’ensemble est de nature à convaincre que les convictions personnelles d’un encore jeune dirigeant peuvent devenir force collective et que les partis de gauche, s’ils savent se transformer, sont des outils incontournables pour changer la société. Tocqueville le disait déjà: « Dans les démocraties, chaque génération est un peuple nouveau. »

La rénovation du socialisme, une idée neuve en Europe, par Paul Alliès, Secrétaire national adjoint chargé de la Rénovation

Le lendemain même du vote des socialistes français pour leur Convention nationale, le Parti Socialiste Européen invitait à Bruxelles les secrétaires généraux de ses 32 partis membres. Il s’agissait de mettre en musique la résolution n°2 adoptée à son 8°congrès à Varsovie en décembre 2009, laquelle disait vouloir « moderniser la politique, revitaliser nos structures de parti, créer un espace pour les nouvelles générations de femmes et d’hommes politiques ». Pour cela il prévoyait la création d’ »un réseau du PSE sur la modernisation politique » ce qui s’est donc fait ce 25 juin.

18 partis étaient présents, plutôt ceux d’Europe occidentale (les scandinaves avaient déclaré forfait pour cause de « nuit blanche ») donc les plus forts et les plus anciens. Philip Cordery, secrétaire général du PSE, posait d’entée et sans détours les  problèmes à résoudre. De majoritaire qu’elle était jusqu’à la fin des années 90, tant en voix qu’en responsabilités gouvernementales, la social-démocratie européenne est devenue nettement minoritaire.En 2010 elle n’est à la tête que de cinq gouvernements au lieu de douze en 1999. Partout elle a perdu des millions de voix au profit de l’abstention, de l’extrême-gauche et des Verts, souvent de formations spécialisées (les Pirates, les Retraités….). Comment enrayer cette tendance alors même que la violence de la crise du capitalisme devrait relancer la crédibilité d’un socialisme européen ? La stagflation électorale de ses partis s’explique d’abord par le fait que l’opinion ne fait plus la différence entre les conservateurs et les progressistes, les politiques d’accompagnement du néo-libéralisme ayant brouillé les cartes. Il y a donc bien une question majeure de programme et d’orientation politique. Mais une autre raison de ce déclin est dans l’incapacité constatée des partis socialistes à s’adresser à la société, à transformer la politique en fonction des attentes et des pratiques des citoyens. Le but du réseau du PSE sera donc de travailler à des propositions convergentes dans les domaines de la démocratie interne, de l’implication des sympathisants, de l’ouverture à la société civile. Comment sélectionner les dirigeants et les candidats; représenter les diversités culturelles, sociales, de genre; promouvoir de nouvelles responsabilités militantes ? Autant de questions précises qui requièrent un état des lieux avant de définir de bonnes pratiques qui seront proposées à la présidence du PSE.

Cette première journée fut donc l’occasion d’un échange bien intéressant  entre les responsables présents auxquels s’est joint par vidéo-conférence Howard Dean, le secrétaire général du Parti démocrate américain. Trois sujets ont émergé. Le premier concerne la démocratie locale. Si le PSE est minoritaire dans les instances européennes, il est et de loin le premier parti des collectivités territoriales qui sont ainsi devenues le laboratoire des politiques publiques social-démocrates. On ne sera pas surpris que les Italiens travaillent à une réforme fédéraliste de l’Etat ou que les belges misent sur un renforcement des structures locales pour consolider des réseaux durables; mais la tendance à théoriser une prise du pouvoir de la périphérie est générale, sauf peut-être pour les britanniques qui notent un fort localisme de la coalition conservatrice-libérale et pensent que la gauche doit nationaliser ses réponses. D’évidence cette problèmatique de la démocratie locale devra être mieux analysée si on ne doit pas en rester à une justification paresseuse de la marginalisation des partis socialistes vis-à-vis des centres effectifs du pouvoir dans les Etats-membres et dans l’Union Européenne.

Le deuxième sujet est celui de l’ouverture des partis aux sympathisants si ce n’est aux citoyens en général. Rares sont les partis qui ne se posent pas la question tels les belges qui privilégient leurs 600 sections, et les liens avec les syndicats et le mouvement mutualiste; ils considèrent que l’organisation de quelconques  primaires (sauf dans les cas de scrutin majoritaire) sont la mort des partis politiques.  Les Allemands eux ont lancé une vaste enquête auprès de leurs 9500 sections; 44% et 40.000 adhérents ont répondu. Il en ressort que le SPD est plutôt replié sur lui-même: la grande majorité de ses sections n’organise jamais de réunions ouvertes aux citoyens, ni ne mène des actions avec les syndicats, les mouvements de jeunes ou les défenseurs de l’environnement. Les sympathisants proches (estimés à 520.000) restent donc en jachère. Les italiens, on le sait, sont à l’avant-garde de l’ouverture puisqu’ils ont organisé déjà trois primaires ouvertes; la dernière le 25 octobre 2009 a mobilisé 3,3 millions de sympathisants pour désigner le Premier secrétaire du PD, ce qui représente 30% des électeurs de ce parti aux législatives de 2008. Une culture de la participation s’est donc installée qui va avec une séparation toujours plus forte entre les mandats électifs dans les institutions et les responsabilités dans le parti,  une réforme tout récente ayant renforcé le rôle des adhérents dans le choix des dirigeants locaux. Heureux pays donc où l’absence de cumul différencie la représentation partisane et politique.  L’aboutissement est aux Etats-Unis où Dean rappelle qu’il a accédé à la tête du parti  sans aucun soutien de Washington mais avec celui des militants qui voulaient le rénover. Même au Royaume-Uni les sympathisants sont sollicités pour orienter les choix du Labour; les groupes d’ »amis » impliquent quatre millions d’électeurs qui sont ainsi associés au collège des adhérents directs à côté de celui des parlementaires et des syndicats pour les congrès. Le choix du leader s’en trouve plus ouvert; on pourra le vérifier le 25 septembre prochain. A Malte, le Labour s’est montré le plus radical: pour sortir de son isolement il s’est transformé en « mouvement progressiste » incluant les activistes des minorités et les sympathisants. Le PS en  France sera donc au centre géopolitique de cet arc de réformes  à l’oeuvre dans le PSE, avec la mise en oeuvre des mesures sur sa rénovation.
Enfin un dernier sujet de débat est ouvert par la question des médias, traditionnels et nouveaux. Pour ce qui est des médias traditionnels ils sont jugés globalement défavorables aux sociaux-démocrates dés lors qu’ils ne cherchent plus à analyser, enquêter, expliquer. Du coup la tendance est de se tourner au moins par défaut vers le web.  Les Slovènes et les Espagnols sont les plus ardents à vanter les mérites de Facebook pour les campagnes de  leurs partis. Mais les second vont plus loin en considérant que la confrontation des militants  socialistes aux nouveaux créateurs dans les réseaux sociaux  est de nature à transformer la qualité du message politique du parti. Récompenser les militants en leur donnant des argumentaires alternatifs augmente spontanément leur envie de participer. C’est un autre rapport à la société réelle qui se construit ainsi.

Le réseau va donc explorer ces divers terrains dans la perspective du prochain congrès du PSE en 2012. Trois prochains séminaires aborderont les modes de participation militante, les primaires ouvertes, et le rôle des médias dans la société. Il sont les thématiques de la rénovation européanisée qui marque la fin du cycle de la Troisième voie que Blair et Schroeder avaient ouverte il y a une décennie. Les représentants du LP comme du SPD l’ont eux-même souligné: le choix de la modernisation de leur parti qu’avaient fait ces leaders n’a pas évité la déception de l’opinion devant les politiques menées dans leurs gouvernements respectifs. Ceci pour rappeler qu’il ne peut y avoir de rénovation sans projet politique, en particulier à l’échelle de l’Europe toute entière. On en est pourtant assez loin même si l’idée de fédéraliser la prochaine campagne des élections européennes avec un leader commun au PSE incitera à le faire. En tout cas la création de ce réseau témoigne de l’intérêt de la rénovation du parti français et renforce ses enjeux. S’il la réussit il sera plus audible sur la scène social-démocrate. La rénovation de celle-ci deviendrait alors, comme St Just l’annonçait du bonheur à la Convention en 1794, une idée neuve en Europe.

Les rénovateurs parlent aux rénovateurs, par Paul Alliès, Secrétaire national adjoint chargé de la Rénovation

Mardi soir, Arnaud Montebourg, était dans l’Hérault pour « booster » le débat sur le rapport « Rénovation du PS » dont il est responsable. C’est la section socialiste de Frontignan qui l’avait invité depuis plusieurs semaines déjà, invitant aussi tous les militants intéressés du Département à la réunion. La Fédération de l’Hérault n’a rien trouvé de mieux que d’organiser le soir même à la même heure une assemblée générale concurrente dans une commune de l’agglomération de Montpellier. Résultat: 250 militants à Frontignan, 80 à Mauguio. C’est une première leçon administrée à ceux qui croient toujours pouvoir rester dans le sillage de Frèche, pourtant exclu définitivement du parti.

Un Frèche qui continue à se lâcher et à rendre tous les jours plus difficile le redressement du socialisme démocratique dans cette région. Dimanche dans Midi Libre il déclarait entre autres: « Aubry est d’une intelligence moyenne, comme les bons élèves de l’ENA. Elle ferait un excellent Premier ministre. Président, cela demande une intelligence qu’elle n’a pas. » Quant à la position du PS sur les retraites, il l’a juge « poujadiste. Moi je serais pour une retraite échelonnée de 55 à 70 ans ». Et pour ce qui est des socialistes locaux qui lui sont restés fidèles (et qui ont été exclus), les choses sont on ne peut plus claires en ce qui concerne son éventuelle succession (il vient d’un subir une nouvelle opération de la hanche): « Je suis d’accord avec Navarro (ex-premier secrétaire de la Fédération de l’Hérault, sénateur, vice-president de la Région) pour désigner Bourquin (Président du Conseil Général des Pyrénées-Orientales, député et vice-président de la Région). Les Gardois et les Audois, on les dégagera. Le plus dur ce sera  avec les Audois mais ils seront seuls, car d’ici là on aura fait élire Alary (Président du Conseil Général du Gard, vice-président de la Région) comme sénateur-maire de Nîmes ». Il va sans dire que, dans ce contexte, le cumul des mandats « c’est secondaire ! En soi, je suis pour mais le jour où il y aura une loi ». Fermez le ban et ne changeons rien au féodalisme méridional.

Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que les militants aient préféré venir débattre avec Montebourg quoique traité de « pitre » par le même président de Région. En présence d’Hélène Mandroux, maire de Montpellier et de Pierre Bouldoire, maire de Frontignan mais aussi de plusieurs autres élus, maires ruraux  et conseillers généraux, il a lancé le débat en situant la rénovation proposée dans le cadre d’une refondation de la politique et des rapports de la gauche avec les Français dans leur ensemble. Il fait le pari que les cinq familles de cette gauche qui se déchirent à chaque élection présidentielle (de la gauche anti-libérale à la gauche écologiste) peuvent désormais se retrouver. Les Primaires sont bien sûr l’instrument de ces retrouvailles et l’aggravation de la crise sociale fera que ce qui n’est pour l’instant qu’une procédure de désignation d’un candidat devienne un processus de rassemblement politique et même idéologique. Le projet est donc étroitement lié aux Primaires. Et le Parti socialiste devra peaufiner le sien à l’occasion de sa Convention extraordinaire en avril 2011. Montebourg plaide ainsi pour des mesures plus précises sur des sujets comme la mise sous tutelle des banques, la sanctuarisation des services publics, la nationalisation de certaines ressources essentielles. « C’est l’Etat-providence qu’il faut redéfinir dans une période où l’Etat tout court est attaqué par les marchés financiers ». Les mesures que vont voter les adhérents ce soir, y compris celles sur une « nouvelle gouvernance du parti » ne sont donc pas de simples révisions des statuts existants comme beaucoup voudraient le croire. L’exemplarité qui est préconisée dans le domaine de la limitation du cumul des mandats (ne pas attendre une loi et l’appliquer aux socialistes dés 2012) est l’engagement dans de nouvelles pratiques de la démocratie représentative et de la responsabilité politique. Tout ceci fait système en ouvrant un nouveau cycle succédant à celui de quarante ans du congrès d’Epinay (rendant possible en 1971 la rupture avec la SFIO).
Un débat fourni a suivi, confirmant ces retrouvailles militantes avec la délibération et parfois l’imagination d’une autre gauche et d’un « avenir qui dure longtemps » comme disait joliment Althusser. Il est vrai qu’on était entre « rénovateurs », loin, très loin des tartarinades de Georges Frèche et des contorsions de ses alliés. On était aussi à la veille de l’ouverture à Frontignan du 13° Festival international du roman noir qui aborde, comme on le sait, le destin de chacun et l’histoire de tous, la mémoire intime et sa projection collective. Un vrai programme pour tous les rénovateurs.

Rénovation et pari pascalien, par Paul Alliès, Secrétaire national adjoint chargé de la Rénovation

A Clermont-Ferrand, la  Fédération socialiste organisait hier un débat sur la rénovation, le soir de la fête de la musique. Petite assistance donc mais pour un échange parmi les plus roboratifs de ceux déjà vécus. Il faut dire que c’est un territoire marqué par le poids des élus que de jeunes et courageux responsables ont voulu confronter à la raison militante. Charasse et quelques autres conseillers généraux furent donc exclus et l’épisode fait encore sentir ses effets. Dans le Puy-de-Dôme on ne cumule plus les mandats locaux, départementaux et régionaux, ce qui va plus loin que le texte soumis au vote. Malgré ce,  la rénovation engagée au niveau national suscite un fort soutien. Ici, toutes les interventions vont dans le sens d’une amplification du mouvement.

C’est vrai d’abord pour les mesures concernant le parti en tant que tel. Claude craint que la simplification introduite pour la formation de majorités dans les congrès ne finisse par amplifier une présidentialisation rampante. Carole, un peu lasse d’une rénovation toujours annoncée depuis dix ans et jamais advenue, voudrait des règles plus précises pour que les instances du parti incarnent mieux les principes qui sont sensés l’inspirer: parité, nouvelles générations, diversité sociale et culturelle. Thierry pense qu’il faut  faire voter les sympathisants sur les thèmes faisant l’objet de Conventions. L’évocation du PASOK qui, en Grèce a organisé des primaires ouvertes pour l’élection de son premier secrétaire élargit un peu plus cet horizon. Le projet d’ouvrir une « grande école » pour la formation des candidats discriminés tant ils semblent ne jamais pouvoir égaler le savoir-faire des élus cumulards inquiète et même scandalise. Pierre y voit l’aveu d’un mépris de « l’etablishment » pour les « sans-grade ». Il faut donc expliquer le sens de cette école: non pas une ENA bis où défileraient quelques universitaires titrés, mais des experts de la société civile, des ONG, des syndicats, des professions intellectuelles. Il s’agit bien de permettre à des militants qui n’ont pas eu socialement accés  au capital symbolique de l’élu, de s’en approprier des éléments, plus en phase avec la société réelle. Même souci pour ce qui est de la transmission du mandat: le texte prévoit que « tout candidat à une élection parlementaire abandonnera ses mandats exécutifs locaux dans un délai maximum de trois mois après la tenue du scrutin. Il/elle devra avoir préparé avec le Parti les modalités de sa succession ». Thierry redoute que cela ne renforce le parrainage à la romaine qui sévit ici et là, même si la préoccupation de passer la main dans de bonnes conditions n’est pas le sport favori des élus les mieux installés. Il faut donc expliquer en quoi cette idée d’une socialisation du métier acquis dans l’exercice d’une responsabilité exécutive peut être un facteur d’égalisation des chances pour y avoir accès. Evidemment les dispositions sur le non-cumul ont été passées au crible. Cécile regrette les compromis qui ont conduit à assouplir le calendrier d’application donc à le renvoyer aux lendemains des présidentielles. Si la gauche y échoue, on peut craindre le pire même si ces mesures ont été intégrées dans les stauts du parti.
Quant aux Primaires, elles ne font pas question bien au contraire. Tous y voient un levier qui peut faire émerger un nouveau parti. Pierre note néanmoins l’absence d’enthousiasme dans son entourage au travail; raison de plus pour qu’elle s’élargissent à toute la gauche; ce qui supposerait qu’on corrèle la procédure à la préparation des législatives et la répartition des circonscriptions, ce que ne prévoit pas le texte. Claude redoute qu’on y oublie le projet nonobstant la Convention extraordinaire prévue à cet effet en avril 2011. Mahdi y voit au contraire l’occasion d’un élargissement de nos débats à toute la société, ce qui les fera changer de nature. Cécile pense à ce qui pourrait advenir aprés: pourquoi pas des Primaires populaires pour désigner en 2014 les candidats têtes de liste aux municipales ?

L’ambiance générale est donc bien au « pessimisme de l’intelligence et à l’optimisme de la volonté »; plus qu’ailleurs jusqu’ici, la volonté de changer vraiment le Parti cette fois-ci est manifeste. On regrette justement qu’il n’y ait pas assez de temps pour le débat ou pour les amendements, mais on ne discute pas son plaisir de saisir l’occasion d’une grande réforme. Bien des responsables présents ont en mémoire les combats menés depuis dix ans pour un nouveau parti socialiste, souvent déçus ou trompés dans le huis clos des congrès. C’est bien le cas de Xavier, le  jeune secrétaire fédéral. Que de nouveaux adhérents (plus que les élus) se soient déplacés est pour lui un discret signal que la « petite lumière espérance » s’est allumée. Dans la cité de Pascal il est bien normal de faire un solide pari sur l’avenir du socialisme. Blaise n’avait-il pas puisé son inspiration dans « Le Discours de la réformation de l’homme interieur » de Cornelius Jansen ? La réformation, déjà.

La rénovation à la FFE ! – par Pascale SEUX, Sylvain LHERMITTE Secrétaires Fédéraux

La communauté des deux millions de Français , dans plus de 150 pays à l’étranger, joue un rôle fondamental dans le rayonnement de la France. Ces citoyens français à part entière ont droit à l’exercice de la citoyenneté, à la protection sociale et à l’éducation.

Les militants socialistes, les sénateurs et les élus de gauche à l’Assemblée des Français de l’étranger défendent depuis des décennies les droits de leurs compatriotes.  Aujourd’hui, la participation à la vie politique s’élargit considérablement à l’étranger et le PS entend remporter ce combat.

L’image caricaturale d’une communauté composée d’expatriés nantis et d’immigrés fiscaux ne correspond plus à la réalité. La plupart des Français de l’étranger sont installés de manière durable dans leur pays d’accueil ; près de la moitié d’entre eux sont des double-nationaux. Certains créent des emplois ou trouvent des opportunités inaccessibles pour eux en France. Tous font vivre la France à l’étranger et constituent une force pour notre pays.

Mais ils ne bénéficient pas de certains droits fondamentaux. Ils paient cher l’accès à  une éducation de qualité. Et tous ne peuvent se permettre de scolariser leurs enfants dans le réseau de l’enseignement français. Certains, par milliers, vivent dans des conditions précaires. Ils sont privés de  protection sociale, et sont soumis aux conditions fiscales en vigueur dans leurs pays de résidence ou en France. Parmi eux, certains vivent des destins tragiques et ne peuvent pas exercer leurs droits civiques ou se réinsérer en France avec leur famille;

-       Des primaires ouvertes pour les  Français de l’étranger

Les militants du PS se sont prononcés en faveur des primaires ouvertes pour la désignation de leur candidat(e) à l’élection Présidentielle de 2012. La plus jeune Fédération du PS, la FFE, est prête à relever le défi à l’étranger.

Le résultat électoral du 5 mai 2007 a montré que notre combat politique hors frontière n’est pas vide de sens, la gauche progressant de 31% à 46% entre le 10 mai 1981 et le 5 mai 2007. En Italie en 2006, les voix des concitoyens d’outre frontière – l’équivalent d’un très grand département  – ont été déterminantes pour la victoire. Pour les primaires qui ont abouti à la désignation de Barack Obama, Democrats Abroad avait fait élire ses délégués à la Convention de Denver par les américains de l’étranger. Mettons, nous aussi, toutes les chances de notre coté !

La FFE, c’est un réseau de 70 sections à travers le monde et de nombreux militants isolés qui « maillent » la planète. Son expérience dans l’organisation de scrutins internes est reconnue. L’utilisation sécurisée du vote électronique par les adhérents isolés, lors des scrutins internes, est approuvée par le Bureau National des Adhésions et les commissions d’organisation de nos Congrès depuis plus de 10 ans.

En ouvrant un bureau de vote là où résident un minimum de 3 adhérents de la FFE et en associant au réseau des organisateurs des primaires les sections Français du monde-ADFE*, le PS permettra à la plupart des Français de l’étranger partout sur la planète de participer à cet événement démocratique majeur. Et pour les Français résidant loin d’un bureau de vote, un vote électronique sécurisé avec mot de passe et code, comme cela se fait pour les élections à l’Assemblée des Français de l’étranger, pourra être mis en place.

-       Pour la FFE, un nouveau défi : l’élection des 11 députés des Français de l’étranger.

En organisant les primaires la FFE, lancera une dynamique appelée à monter en puissance lors de l’élection des députés des Français de l’étranger, pour la 1ère fois en juin 2012.

Le découpage des 11 circonscriptions de l’étranger est tout aussi douloureux qu’en France. Là où Ségolène Royal obtenait 46% des voix en 2007, seules 2 circonscriptions sur 11 seraient gagnables selon le même résultat ! La droite n’a pas oublié de charcuter à son avantage à l’étranger aussi ! Fort heureusement, la manœuvre pourrait se retourner contre elle.

En effet, la FFE prend les devants ! Le PS est mieux structuré à l’étranger que ne l’est la droite et va continuer à progresser dans la période qui nous sépare du scrutin. La FFE prépare activement le projet socialiste pour 2012 pour les Français de l’étranger en organisant, dès maintenant, des ateliers sur les sujets qui les concernent : enseignement, affaires sociales, culture, évolution de la représentation démocratique… En anticipant leur désignation (décembre 2010), le PS se donne les moyens de présenter des candidat(e)s à l’étranger proches de leur terrain et des électeurs. Sur ces circonscriptions parfois très larges, ils pourront entendre les Français, leur proposer un projet socialiste qui donne l’espoir de retrouver la France qu’ils aiment pour rejeter celle, toujours plus dégradée, que Nicolas Sarkozy nous impose.

Ouverte à la rénovation, forte d’une expérience de 27 années, la FFE est prête à relever ces défis politiques et à porter haut les valeurs socialistes comme l’égalité et l’internationalisme!

La délibération reprend le dessus dans les sections socialistes par Paul Alliès, Secrétaire national adjoint chargé de la Rénovation

Le débat sur la rénovation du PS suit son bonhomme de chemin. Ce vendredi 18 juin, c’est à Laudun-l’Ardoise dans le Gard rhodanien que se retrouvent quelques soixante-dix militants des sections de Bagnols, Villeneuve-les-Avignon et Bagnols. La particularité du secteur c’est qu’il est porté par le mouvement qui s’est enclenché lors des dernières élections régionales en Languedoc-Roussillon. Le maire et conseiller général de Laudun Patrice Prat conduisait la liste gardoise d’Hélène Mandroux, accompagné d’Alexandre Pissas conseiller général et maire de Tresques. Tous deux sont présents et diront tout le bien qu’ils pensent de la rénovation engagée au niveau national.
Dans la salle les questions portent principalement sur les Primaires. Certains  (Rose) redoutent qu’elles encouragent la personnalisation dans le PS et avec d’autres (Elisabeth) craignent qu’elles ne renforcent le présidentialisme. Il faut dire qu’ici l’idée de réclamer une 6° République est assez bien portée. Hervé estime que cette question doit, cette fois-ci faire partie du programme du ou de la candidate de gauche; et il espère que les Primaires seront un moyen de la rendre incontournable pour tous les candidats qui y participeront. La discussion s’élargit à la démocratie participative, aux jurys citoyens qu’avait évoqué Ségolène dans sa campagne lors des primaires internes de 2006. La Convention sur la démocratisation de la République que Martine Aubry a confié à Manuel Valls sera d’évidence l’occasion de reprendre ce chantier. Sinon, Le soulagement est général quant au rassemblement obligé et organisé que le texte prévoit à l’issue des deux tours pour que les candidats battus puisent exprimer leur soutien à celui ou celle arrivé en tête. Plane quand même l’inquiétude, exprimée par Kamel que le contenant l’emporte sur le contenu, qu’un projet ne soit pas suffisamment rassembleur de toute la gauche. Mais la Convention extraordinaire prévue avant que ne commencent les Primaires rassure plutôt.
La limitation cumul des mandats est l’autre thème qui est exploré. La perspective d’une loi donnant un statut à tout élu dés 2012 est très soutenue. Il faut dire que les critiques sont nombreuses sur la professionnalisation du mandat politique. Armand voudrait que soit poussée plus loin la limitation dans le temps de la carrière politique pour qu’elle n’en soit pas une; les élus doivent exercer un métier, ne pas accumuler avantages et indemnités. Le compromis passé avec les sénateurs serait-il le signe d’un nouveau recul aussitôt le principe posé de l’application immédiate du non-cumul? Françoise craint que la parité n’en fasse les frais dans les scrutins de 2012/2014; elle demande son application dans les instances du parti lui-même. Jean-Paul en appelle à un rajeunissement du Bureau National. Youssef  leur fait écho à propos de la diversité réelle qui tarde à être traduite dans les faits des investitures comme dans la composition des organes dirigeants du parti.
Au bout du compte, la discussion fort nourrie partout, s’avère essentielle. Il n’y a pas, même ici, d’enthousiasme spontané pour les Primaires ouvertes et populaires et les occasions manquées depuis dix ans pour rénover le socialisme ont nourri le doute. La délibération (la pratique de la confrontation argumentée, ouverte et contradictoire des opinions en tant que telle) reprend ses droits par-dessus la violence des affrontements de courants du congrès de Reims et par-dessous le consensus construit au niveau national. Elle porte sur des objets concrets et majeurs: la capacité  du parti à rénover et à inventer la politique en se tournant vers la société toute entière. C’est un atout fragile mais prometteur, aussi important à lui seul que les résultats du vote de jeudi prochain dans les sections.

Rénovation: Les Albigeois font de la résistance, par Paul Alliès, Secrétaire national adjoint chargé de la Rénovation

Le débat sur la rénovation du Parti socialiste se poursuit dans les Fédérations. Celle du Tarn le faisait courageusement jeudi soit à l’heure même du match France-Mexique. Une soixantaine de militants ont longuement discuté principalement des Primaires.
C’était à Réalmont au centre du Département à quelques encablures d’Albi. Et il y régnait une ambiance « alibigeoise », référence faite à cette révolte qui marqua le pays à l’orée du XIII° siècle contre les « barons du Nord ». Paul Quiiès campait Raymond VII de Toulouse fondateur de Cordes dont il est aujourd’hui le maire, son seul mandat. Mitterrandiste historique, plusieurs fois ministre (de la Défense et de l’Interieur notamment) et parlementaire, il anime un club « Gauche Avenir » auquel participe Jean-Pierre Chevènement. Membre du Conseil national du PS il est l’un des trois qui, le 8 juin, a voté contre le rapport sur la rénovation.
Il ne supporte pas les Primaires. D’abord elles renforceraient l’acceptation de la présidentialisation de la V° République par les socialistes; ensuite elles conduiraient à un effacement du parti devant les électeurs; enfin elles mettraient le choix du candidat de gauche sous l’influence des militants de droite. Il met donc une condition à leur organisation: « obliger les autres partis de gauche à y participer » en définissant préalablement avec eux une « plate-forme commune ».
Beaucoup des nombreux intervenants font spontanément écho à ces considérations souvent en les schématisant. Il vaudrait mieux  » dévaloriser l’élection du Président au suffrage universel » (François); faire passer « les idées avant les personnes » (Laurent); laisser « les partis désigner leurs candidats » (Martin); refuser que « les électeurs de droite puissent participer au scrutin » (Sabine). Pierre, le benjamin de l’assemblée, se fait le meilleur avocat à la fois des Primaires et du nouveau Parti socialiste qu’il voit naître de cette rénovation. Et il est soutenu par Gérard, le premier Fédéral et Alain, le secrétaire de section de Réalmont, chaud partisan d’une 6° République. Leurs réponses (et la mienne) prennent au sérieux chacune des objections: il est faux d’imaginer un électorat de gauche discipliné par ses partis; la tendance est à l’électorat flottant et à l’abstention parmi les couches populaires. C’est celui-là qu’il faut conquérir dans les Primaires; et pourquoi pas les électeurs « centristes » qui tétanisent tant les socialistes quand Bayrou les vole au Parti socialiste ? La conquête d’une opinion mobilisée, voilà la promesse des Primaires: les candidats défendront leurs idées face aux pays tout entier à travers des millions de sympathisants et c’est autre chose que de le faire devant 250.000 adhérents. Car c’est bien avec des idées qu’il faut convaincre les électeurs et c’est tout autre chose que de les laisser seuls devant les combinaisons d’appareils, les projections des instituts de sondages  et le caprices de la scène médiatique. C’est bien une formidable politisation que peuvent produire les Primaires. Elles seront donc un coup porté au bonapartisme de l’élection présidentielle dans la V° République car elles sont un nouveau droit électoral capable de perturber la construction plébiscitaire de la fonction présidentielle. Enfin comment faire la fine bouche sur la promesse qu’elles portent, celle d’une union des gauches contre la droite et Sarkozy ? Toutes les formations seront placées devant leurs responsabilités pour que ne se reproduise pas un 21 avril 2002 (quand la gauche fut éliminée du 2° tours de la Présidentielle). Accepter les Primaires c’est s’engager dans une parlementarisation du régime en faisant de leurs résultats un instrument transparent pour la répartition des circonscriptions pour les législatives dans la perspective d’un contrat de législature.
Cet échange a permis d’éclairer quelques questions de fond, en particulier celle de l’invention d’un nouveau parti socialiste, ouvert aux citoyens, confiant dans les capacités du peuple de gauche, capable de réhabiliter la politique dans les couches populaires et la jeunesse. Il faut en concrétiser l’idée sans délai et c’est la limitation stricte du cumul des mandats, l’avènement de la parité effective comme de l’égalité réelle dans les investitures, la formation de majorités claires dans les congrès qui en sont les gages. Il est après tout normal de voir des militants se raidir devant la cohérence de ce changement. Ils gardent la nostalgie du « parti éclairé », celui qui a le monopole de la fabrication du programme et de la sélection des candidats. Or cette forme est historiquement dépassée. L’avenir est dans la redéfinition  des pratiques animées d’une exigence démocratique et culturelle nouvelle, en rapport avec les mutations sociales, avec l’émergence de nouvelles questions majeures comme la crise écologique, et avec l’usage de nouveaux outils de communication qui brisent le monopole sur l’information dont se nourrissaient les grands appareils bureaucratiques. C’est bien une vaste crise morale qui atteint tout autant les individus comme leurs organisations, la société comme notre parti. La rénovation de celui-ci a donc partie liée avec le changement social et politique en général. C’est ce dont les Albigeois doivent se convaincre. Il témoignent de la nécessité du débat qui devra se poursuivre au-delà de la Convention.

La Rénovation de velours, par Paul Alliès, Secrétaire national adjoint chargé de la Rénovation

Le PS a commencé à débattre du texte sur sa rénovation tel qu’il sera soumis au vote de la Convention nationale le 3 juillet. Les Fédérations doivent organiser des assemblées générales départementales avant le vote des militants en section le 24 juillet. Il est possible de déposer des amendements, mais les premières réunions laissent penser qu’il y en aura peu, l’ambiance étant plutôt au consensus sur le projet adopté à l’unanimité moins trois voix par le Conseil National du 8 juin. En témoigne la réunion qui s’est tenu hier soir lundi 14 à Nantes.

Dans la belle Maison des syndicats, une petite centaine d’adhérents sont réunis dans une salle à l’acoustique déplorable. Alain, le premier secrétaire fédéral, ainsi que Pierre-Yves et Vincent sont à la tribune. Ils sont tous les trois peu ou prou des compagnons de route des batailles de la dernière décennie menées par le Nouveau Parti Socialiste (puis Rénover Maintenant) ou la Convention pour la 6° République. C’est un signe que ce travail pour un changement profond du rapport des socialistes à la politique et aux institutions n’a pas été inutile. Dans le nouveau cycle qui va s’ouvrir au PS il est bien possible que cette nouvelle génération exerce plus amplement encore des responsabilités avec de nouvelles méthodes et d’autres horizons.

Ils sont en tout cas acquis aux grands thèmes soumis au vote de la Convention. Peut-être certains regrettent-ils la contraction excessive du texte puisqu’on est passé de 53 pages que comptait le rapport Montebourg à 6 pages votées par le Conseil National.

Pour autant la présentation que j’en fais ne soulève pas d’opinion contraire. Les intervenants (simple militant ou sénateur) disent tous leur accord ou même leur satisfaction avant d’exposer quelques craintes. Sur les Primaires les questions portent sur la garantie d’une égalité des moyens des candidats durant la campagne, sur le risque de les voir vidées de leur sens s’il y a bien un « pacte » passé entre les « grands candidats » (pour qu’il n’y en ait qu’un seul en lice), ou au contraire sur l’hypothèse de la sélection d’un non socialiste si la consultation est investie par d’autres formations de gauche. L’idée teintée d’une certaine nostalgie que le système en vigueur ailleurs en Europe  où le premier secrétaire du parti est le candidat « naturel » au pouvoir, fait surface. C’est l’occasion d’évoquer le système bâtard de la V° République et la nécessité de travailler à une rénovation de fond en comble de ce régime ; bref d’aller vers une 6° République renouant avec le parlementarisme majoritaire pour ne pas que la démocratisation de l’élection présidentielle avec les Primaires ne soit un pas de plus dans le ralliement au présidentialisme.

L’autre sujet qui fait débat est le non-cumul des mandats. Si la perspective est toujours aussi « populaire », son calendrier d’application l’est un peu moins car il apparaît incertain. Il faut donc rappeler l’échéancier : d’ici la fin 2010 dépôt d’une proposition de loi socialiste sur le non-cumul ; 2012 (après les législatives) vote d’une loi sur le statut de l’élu et application aux parlementaires socialistes de l’interdiction du cumul avec un exécutif local ; 2014 (pour les municipales et régionales) application de l’interdiction du cumul dans le temps des responsabilités locales (pas plus de trois mandats successifs avec une ultime exception pour les parlementaires). Pas simple sans doute mais le principe de l’application à soi-même de ces règles et donc de l’exemplarité l’emporte. Le compromis passé entre la direction du parti et les parlementaires apparaît comme globalement acceptable.

Quant aux mesures concernant la rationalisation de la vie interne (les congrès) et sa moralisation (la Haute Autorité) elles emportent l’adhésion et même un peu plus.

Au total un climat étrange se dégage de la réunion : une absence de passion, un contentement flottant ; comme si les militants fatigués d’avoir voulu cette rénovation sans jamais l’avoir eu, n’en croyaient pas leurs yeux et leurs oreilles. Une rénovation de velours en quelque sorte. Mais c’est peut-être un climat local : cette Fédération avait anticipé l’actuel chantier en se dotant , il y a plus d’un an de règles propres sur le cumul de mandats. Il y règne une atmosphère de rassemblement et de respect des autres. Même les élus semblent différents : Jean-Marc Ayrault, maire de Nantes et président du groupe socialiste à l’Assemblée Nationale était présent dans la salle mais pas à la tribune d’où aucune couronne ne lui a été tressée. Et il n’est pas intervenu. Je rentre à Montpellier où ce n’est pas du tout pareil…

Apéro géant ou printemps démocratique ?, par Paul Alliès, Secrétaire national adjoint chargé de la Rénovation

Manuels Valls craint que les Primaires « se transforment en un grand apéro géant » si les « trois principaux présidentiables (Aubry, DSK, Royal) » ne s’affrontent pas publiquement préférant un accord en amont. La première parade contre ce risque c’est qu’il n’y ait pas de congrès du PS préalable à la consultation. La deuxième c’est l’engouement populaire qu’elle peut susciter. Sur ce point, un sondage CSA /LCP Assemblée Nationale des 2 et 3 juin apporte un éclairage très intéressant.
43% des 865 personnes interrogées inscrites sur les listes électorales disent avoir envie de participer aux Primaires dans les conditions fixées par le rapport Montebourg (payer 1€ et signer une déclaration d’adhésion aux valeurs de la gauche). Cela veut dire que 15 millions d’électeurs pourraient aller voter ce qui serait un record absolu dans les pays connaissant cette procédure. Mais le profil sociologique de cet électorat est encore plus intéressant: ce sont les femmes (45%) plus que les hommes, les jeunes de moins de 30 ans (52% et 62% des étudiants) plus que leurs aînés (plus on est âgé moins on a envie de participer), les ouvriers (50%) et les employés (48%) plus que toutes les autres  catégories sociales, les non ou peu diplômés (46%) plus que les bacs plus 2 et au-delà qui sont les plus nombreux à  penser qu’ils iront « certainement ou probablement voter ». Le caractère populaire des Primaires semblent donc acquis tant par le nombre que par la sociologie de l’électorat. C’est une première pierre apporté par cette innovation à la construction d’un nouveau rapport à la politique pour une masse de Français.
Mais les indications politiques que donne le sondage n’en sont pas moins intéressantes. 62% des électeurs de gauche ont l’intention de participer ; dont 71% de sympathisants socialistes mais aussi et surtout 51% des électeurs proches de l’extrême-gauche et 50% proches des Verts et Europe Ecologie. Voilà qui peut donner du grain à moudre à ceux qui, dans les formations de gauche autres que le PS, estiment qu’il y a matière à débat de fond: si les Primaires deviennent un scrutin de sélection véritable des candidats vu l’engouement qu’elles susciteraient, ne vaut-il pas mieux y voir les courants de toute la gauche s’y confronter plutôt que de se contenter d’un accès aux médias et d’un score moyen ou pire au premier tour de la Présidentielle ? En outre une telle participation pourrait déboucher sur la prospective de la représentation parlementaire de chaque sensibilité, arbitrée par les électeurs sympathisants de gauche. Les législatives étant soudées (hélas) aux présidentielles, il est légitime qu’une gauche désireuse de signer un contrat de législature dans le cadre d’une République rénovée traite au grand jour de la question du nombre de députés devant la représenter. C’est une sorte de proportionnalisation du scrutin présidentiel qui va jusqu’à triompher de la loi majoritaire aux législatives.
Si cela se faisait il  est évident que les Primaires ne sauraient être de ratification, quelle que soit la force du « pacte » qu’auraient passé les « grands » candidats socialistes à l’élection. Il faut donc donc pousser cet avantage: les Primaires sont un remarquable instrument d’ouverture à la société et de rassemblement si tout la gauche s’en empare. Elles sont en outre le seul outil efficace pour gagner gagner contre Sarkozy. Donc ce sera au printemps 2012, à la fois « grand apéro géant » et  démocratie pour tout le monde !

Jack et Jean-Pierre sont en colère, par Paul Alliès, Secrétaire national adjoint chargé de la Rénovation

Jack Lang comme Jean-Pierre Chevènement ont pris immédiatement position  contre les Primaires telles qu’envisagées par le PS. Le premier conteste l’opportunité de parrainages des candidatures ; le second y voit un « simulacre » dans la mesure où il n’y aurait pas d’accord préalable sur un projet politique commun. Les deux protestent contre le « pacte » qu’auraient passé les candidats majeurs du PS (Aubry, Fabius, Strauss-Kahn et maintenant Royal) : qu’un seul d’entre eux soit candidat et les Primaires seraient vidées de leur contenu puisqu’elles se joueraient en un seul tour.

Ces questions sont bien réelles et elles ont été abordées mardi soir au Bureau National du PS.  Elles peuvent êtres déclinés sur plusieurs registres. D’abord le calendrier : Arnaud Montebourg a d’emblée retiré sa proposition d’organiser des préliminaires (entre avril et juillet 2001) conclues par un premier scrutin début juillet. Du coup l’accord s’est assez largement fait sur deux votes successifs à l’automne. Seul Hollande (mais aussi Valls) défendait une consultation avant l’été. Ainsi personne (Strauss-Kahn notamment) n’est écarté de la candidature ; il faudra simplement se déclarer en juin-juillet. Se pose alors la question qui chagrine Lang, celle du parrainage des candidats. Le rapport Montebourg propose 5% des parlementaires socialistes (donc 17), ou des membres titulaires du Conseil national (soit 16), ou bien des conseillers généraux et régionaux (soit 99), ou bien des maires socialistes des villes de plus de 10.000 habitants (soit 16). Il est entendu que les autres partis qui décideraient de participer aux Primaires resteraient libres de fixer leurs propres règles de parrainage. Ces seuils sont-ils censitaires comme le dénonce Jack Lang ? Si le parrainage par 10.000 adhérents a été écarté c’est parce qu’il était de nature à déclancher une pré-campagne susceptible de cristalliser des soutiens très personnalisés à l’intérieur même du parti et avant que la consultation ne soit ouverte à tous les électeurs sympathisants. La règle des 5% apparaît donc comme légère et assez facile à franchir pour des personnalités incarnant une position significative dans le PS. Certains comme Benoît Hamon souhaiteraient même la voir s’élever à 10%  au motif que l’élection présidentielle est trop sérieuse pour tolérer des candidatures isolées ou en trop grand nombre. Mais il a été le seul à soutenir ce point de vue.

Reste alors la question du périmètre et donc du « pacte ». Les primaires sont voulues comme ouvertes à toutes les formations de gauche. Certaines d’entre elles comme le PRG et le MDC ont participé à la commission de travail sur le rapport (le MDC de J.P. Chevènement s’en est retiré dès le mois de mars au motif que le PS n’avait pas été assez généreux avec lui dans les élections régionales, motif donc tout à fait extérieur au sujet). Pour l’instant aucun parti n’a donné son accord à la procédure. Mais celle-ci peut être de nature (par exemple au PC) à ouvrir une discussion sur la meilleure méthode de rassemblement pour gagner la présidentielle. Un score significatif dans le peuple de gauche s’exprimant dans la Primaire peut-être préférable à un médiocre résultat au premier tour de l’élection générale. Quant à l’objection du pacte entre les « grands », elle peut être levée par ce qui a fait l’objet d’un large accord au BN : il n’y aura pas de congrès du PS préalable aux Primaires (qui deviendraient alors de pure ratification des compromis internes au parti). Le congrès aura lieu après les présidentielles. Seuls Hamon, Lienneman et Assouline souhaiteraient qu’un congrès lancent la Primaire. Amirshahi aussi, mais parce qu’il veut qu’un moment soit consacré à l’adoption du programme. Martine Aubry a proposé qu’une synthèse des cinq Conventions thématiques qu’aura organisées le PS soit l’objet d’une sorte de Convention générale préalable sur le projet.

Enfin Marie-Noëlle Lienneman et Manuel Valls ont soulevé le problème du rapport de la Primaire à la présidentialisation de la V° République. La première pour craindre que cela soit un ralliement à ce régime bonapartiste, le second pour se féliciter que les socialistes en acceptent enfin les règles de « sélection naturelle ». L’introduction des Primaires dans la sélection des candidats de gauche est un indéniable moyen de démocratiser une élection qui est devenue l’objet exclusif des instituts de sondages et des médias, autant que des grands partis. Elle ne signifie pas une adhésion au présidentialisme dont le sarkozysme peut être le stade ultime. Elle vise à organiser les forces de gauche pour que celle-ci surmonte un obstacle  qu’elle n’a vaincu qu’une seule fois en 1981. On peut même penser que la popularité de la procédure pèsera lourd sur l’engagement des candidats sur leur conception d’exercer le pouvoir. Déjà deux sondages laissent espérer que 3 à 4 millions d’électeurs ont envie de participer dés maintenant aux Primaires. L’expression grandeur réelle de leurs attentes en matière de démocratie pourra jouer un rôle comme jamais auparavant dans l’orientation des candidats qui devront bien en tenir compte, en particulier sur l’hypothèse d’une 6° République. L’intervention d’une masse de citoyens en amont du processus électoral sera une énergie durable dans l’effectuation de celui-ci. C’est une dimension que ne semblent avoir imaginé ni Jack ni Jean-Pierre dont la colère n’est donc pas fondée.